À chaque lutte son hymne. Pour le mouvement des Gilets jaunes, ce ne sont pas les tentatives et les propositions qui manquent. C'est un véritable déferlement musical sur Internet. Comment ne pas faire de parallèle entre les Gilets jaunes et le Chiffon rouge ? Il y a presque quarante ans, le symbole de la lutte contre la fermeture des hauts fourneaux à Longwy était une radio pirate, installée au sein même de la mairie, Radio Lorraine Cœur d'Acier. Et l'emblème de cette radio était « Le Chiffon rouge », une chanson écrite en 1977 par Maurice Vidalin, mise en musique et chantée par Michel Fugain. Si le style n'a plus rien à voir les chansons actuelles, les propos semblent toujours d'actualité. « Tu crevais de faim dans ta misère. Tu vendais tes bras pour un morceau de pain. Mais ne crains plus rien, le jour se lève. Il fera bon vivre demain. »


La véritable histoire du « Chiffon rouge », par Michel Fugain

« Le 15 juin 1977, a eu lieu au Havre une vraie liesse populaire une grosse fête et, le soir, un grand spectacle dont les acteurs principaux étaient 800 Havrais et une troupe qui n'était plus le Big Bazar et pas encore La compagnie Michel Fugain.

Ce moment magique s'est appelé "Un jour d'été dans un havre de paix".

J'aurai l'occasion, j’espère, de raconter et de décrire dans ma bio, les six mois de collaboration avec la ville du Havre et ses habitants. Ce souvenir reste un des grands moments de ma vie de saltimbanque. Pour faire court et revenir à la naissance du chiffon rouge sachez que la ville fut partagée en 7 secteurs auxquels furent attribuées, par l'école des beaux arts, les couleurs de l'arc-en-ciel. Il y avait donc : logiquement un quartier rouge qu'on appela le quartier des parias.

Pendant les vacances de Pâques, en Corse, sur un piano qui se trouve encore dans une maison située au sommet du village de Sant Antonino, le plus haut village de Balagne, une musique quasi garibaldienne m'est tombée sous les doigts. De retour à Paris, j'ai appelé Maurice Vidalin qui a voulu rester dans la tradition des grandes chansons de combat. Un véritable exercice de style. Les images et le vocabulaire étaient tellement évidents qu'on en riait pour cacher notre émotion. Bref, pas de doute, pour nous, c'était la chanson des parias du quartier rouge. Ce fut la chanson du quartier rouge du Havre. Voilà pour la genèse.

Quelques mois après, le journal télévisé, passe un reportage sur un meeting de la JOC où (je vous jure que ça fout un choc) tous se mettent à chanter le chiffon rouge. Imaginez une seconde la tête de mon vieux militant anar de père devant ces images. Je crois que ce soir-là, je suis monté de dix crans d'un coup dans son estime.

Quelques mois plus tard, grèves monstres dans l'Est de la France. Les ouvriers d'Uginor-Sacilor mènent une lutte sévère qui va durer plus d'un mois. Ils ont une radio (la première radio libre) et ils prennent une chanson comme générique et emblème : Le chiffon rouge.

Bientôt, ce sera la CGT qui la mettra à son répertoire et le chiffon sera de toutes les manifs.

Quelques temps après, toujours au cours de luttes ouvrières, le chiffon rouge est devenu, et je n'en suis pas peu fier ; l'hymne des Fourons, régions des hauts-fourneaux de Wallonie où les hommes ne laissent pas les patrons plaisanter avec leur dignité.

Voilà pour ce qui concerne ce que nous étions à mille lieues d'Imaginer. Il arrive que le destin des chansons dépende des peuples et non pas du chobizz. Alléluia !

Le chiffon rouge, que les radios giscardiennes n'ont jamais passé sur leurs antennes, a toujours accompagné des hommes qui se sont battus pour leurs droits et le droit à une vie meilleure. Il était ma présence à leurs côtés et c'est une de mes plus grandes fiertés. Tatatin… »

Source : le site de Radio Quinquin

 

À lire :
« La véritable histoire du chiffon rouge », dossier de la revue départementale d'histoire sociale de Seine Maritime, Le Fil Rouge, numéro 48, été 2013.

À voir :
Un morceau de chiffon rouge, coffret comprenant un documentaire radiophonique en cinq CD de Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouziès et le DVD du film Lorraine Coeur d’Acier – Une radio dans la ville, d’Alban Poirier et Jean Serret qui est sorti en 1981, peu de temps après que LCA a cessé d’émettre, en juin 1980. 
Disponible en VOD sur le site des Mutins de Pangée.

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