« Plus je suis retraité, plus je suis féministe, car j’éprouve ce qu’a d’humiliant le fait d’être nié comme producteur et exalté comme "très utile", "bénévole" et autres lots de consolation. Je refuse d’être confiné dans une retraite de "solidarité intergénérationnelle". Je refuse l’invitation à "me calmer", à "prendre du temps pour moi après avoir tant travaillé". Je refuse un hors-travail dont l’aliénation est à la mesure de celle du travail dans le capitalisme. Je milite pour le temps sans âge, je refuse de devenir vieux à force d’être marginalisé sur l’essentiel : la responsabilité économique. » La captation inédite de la conférence gesticulée du sociologue et économiste Bernard Friot à l'Espace Yves Coppens de Vandœuvre-lès-Nancy, le 14 mars 2019.

 

Ils sont cinq jeunes, entre 12 et 16 ans. Accrochés à leur vélo, ils remplissent leur été de balades et se filment eux-mêmes – sauf le visage, c'est interdit – dans le cadre d'un atelier de cinéma. Les allées sont désertes. La piscine est ouverte. Mais l'école fermée. Le cinéma aussi, fermé, depuis longtemps. Ses bâtiments désaffectés, c'est leur décor. Et Longwy, leur Palace. « Mais moi je vais devoir partir », dit l'une des réalisatrices en herbe. Qui, depuis, a reçu une Obligation de quitter le territoire…

Premier prix de la dernière édition du Réel en vue, le festival de films documentaires de Thionville, dans la catégorie « Jeune image du réel », Longwy Palace a été réalisé par les jeunes du foyer Adoma d'Herserange accompagnés par France Timmermans pour l'association J'aime le cinéma.

 

À chaque lutte son hymne. Pour le mouvement des Gilets jaunes, ce ne sont pas les tentatives et les propositions qui manquent. C'est un véritable déferlement musical sur Internet. Comment ne pas faire de parallèle entre les Gilets jaunes et le Chiffon rouge ? Il y a presque quarante ans, le symbole de la lutte contre la fermeture des hauts fourneaux à Longwy était une radio pirate, installée au sein même de la mairie, Radio Lorraine Cœur d'Acier. Et l'emblème de cette radio était « Le Chiffon rouge », une chanson écrite en 1977 par Maurice Vidalin, mise en musique et chantée par Michel Fugain. Si le style n'a plus rien à voir les chansons actuelles, les propos semblent toujours d'actualité. « Tu crevais de faim dans ta misère. Tu vendais tes bras pour un morceau de pain. Mais ne crains plus rien, le jour se lève. Il fera bon vivre demain. »

 

Quelle serait la réaction d'un ancien sidérurgiste de Longwy qui remettrait les pieds sur les terres de l'ancien Pays du fer, reconverties en golf ? Que dirait-il en voyant l'unique, le dernier haut fourneau, couché, laissé à l'abandon sur le flanc, qui sert aujourd'hui de décor pour les touristes frontaliers qui viennent taper leur baballe ? Un court métrage imaginait cette confrontation : Le Spectre du fer de Maxime Simone. Dans cette vidéo d'une dizaine de minutes – premières images d'un documentaire en cours de réalisation – Aymeric et Sébastien Bonetti l'ont filmée, pour de vrai.

À Bure pour l'éternité, le documentaire de Sébastien et Aymeric Bonetti, sorti en 2014, est, pour la première fois, disponible en libre visionnage ! Un an et demi durant, les deux frangins ont répété les allers-retours à la Maison de la résistance à la poubelle nucléaire, épicentre de la lutte contre le centre de stockage des déchets les plus radioactifs des centrales nucléaires françaises (voire européennes), pour filmer au plus près les espoirs et les difficultés de ses résidents. Un an et demi, le temps nécessaire pour donner ce condensé poétique de moments simples, cette philosophie de toute heure pratiquée les manches retroussées dans un champ meusien et que Séb et Aymeric restituent avec force et discrétion en cadrant la célébration du retour à la terre. Par-delà la résistance à un projet absurde et dangereux, le film rend concrète à travers le mode de vie alternatif des Antinucléaires l'une des traductions possibles de la Désobéissance civile chère à Henri David Thoreau.