L'histoire aurait pu commencer à Three Mile Island aux USA, à Tchernobyl en Ukraine, au Blayais en France, à Fukushima au Japon ou dans une trentaine d'autres endroits sur la planète où "l'industrie nucléaire a été le théâtre d'accidents graves". Ainsi s'ouvre le documentaire de notre camarade Sébastien Bonetti, À Bure pour l'éternité, co-réalisé avec son frère Aymeric. C'est pourtant de ce village meusien de 94 âmes entouré de terres agricoles dont il est question, Bure, pendant 52 minutes. Et plus précisément de la Maison de résistance à la poubelle nucléaire, épicentre de la lutte contre le centre de stockage des déchets les plus radioactifs des centrales nucléaires françaises, voire européennes... La sortie du DVD est officielle. Enfin !

D'aucuns en parlent comme d'une immersion ou d'un film militant. Nous préférerons un qualificatif plus sobre. Mais tellement plus approprié. Journalisme. À Bure pour l'éternité fait partie des grands reportages qui gravent l'époque et montrent les luttes sous leur aspect le plus vrai, car le plus subjectif. Un an et demi durant Séb et son équipe ont répété les allers-retours à la Maison de la résistance à la poubelle nucléaire pour filmer au plus près les espoirs et les difficultés de ses résidents. Un an et demi, le temps nécessaire pour donner ce condensé poétique de moments simples, cette philosophie de toute heure pratiquée les manches retroussées dans un champ meusien et que Séb restitue avec force et discrétion en cadrant la célébration du retour à la terre. Par-delà la résistance à un projet absurde et dangereux, le film rend concrète au travers le mode de vie alternatif des Antinucléaires l'une des traductions possibles de la Désobéissance civile chère à Henri David Thoreau. 

Mais trêve de copinages ! Pour une fois qu'on a un réalisateur, un vrai, qui est passé par la case Nouveau Jour J laissons-le s'exprimer... en pompant l'interview de son dossier de presse.

Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser un documentaire sur la question de l’enfouissement des déchets nucléaires ?

"J’ai toujours été passionné par l’image. A travers elle, on peut dire de manière belle, des choses dures. Pour moi, un bon documentaire peut être aussi émouvant qu’un livre. Et je trouve que le format « documentaire » est le plus adapté à notre époque.

"L’idée d’un film sur Bure m’est venue il y a 5 ans. Alors que je travaillais sur un article à la foire bio de Gorcy, j’ai découvert le stand de le la Maison de résistance et leur projet m’a interpellé. En effet, depuis quelques années, j'ai compris qu'une croissance infinie dans un monde fini c’est une aberration totale. Un enfant de 4 ans le comprendrait ! On ne peut pas croître indéfiniment. Aujourd’hui, on voit tous les jours les limites de notre système avec les changements climatiques, la disparition de la biodiversité … et le nucléaire soutient ce modèle. Notre objectif est donc de faire découvrir des alternatives écologiques, mais aussi économiques et sociales à cette énergie et à ce système qui va mourir, qui nous emmène droit dans un mur écologique.

"La Maison de résistance illustre cette ambition, c’est un beau projet ! Les 600 adhérents viennent de milieux très différents (armée, éducation, agriculteur, sans emploi, etc.). Le XXème siècle, et plus particulièrement sa 2ème moitié, a cassé les savoir-faire et leurs transmissions. La Maison de résistance permet de retrouver et d’apprendre les savoir-faire : savoir entretenir un potager, construire et entretenir une éolienne, etc. Avec ce documentaire, on a également voulu entrer en résonance avec le livre Walden, où la vie dans la bois de Henri David Thoreau que j’avais lu quelques années plus tôt. Ce grand écrivain américain nous mettait déjà en garde en 1854 contre ce nouveau modèle et le début de l’ère industrielle. La Maison de résistance applique ses réflexions.

"Et puis, journalistiquement parlant, pouvoir travailler plus d’un an sur un projet nous a permis d’enquêter profondément sur la thématique du nucléaire, et tout particulièrement le projet d’enfouissement de Bure. On a découvert que proposer un modèle alternatif fonctionne, que ce soit à l’échelle d’une maison, ou d’une commune comme Beckerich au Luxembourg."

Votre documentaire s’adresse donc aux militants ?

"Notre documentaire ne s’adresse pas aux militants, mais à tous. Il n’y aurait aucun intérêt à l’adresser exclusivement à des gens convaincus. On voulait qu’il parle au plus grand nombre, car les problèmes écologiques concernent chacun de nous, toute l’Humanité. Ils ne relèvent d’aucun parti politique, d’aucune religion, d’aucune croyance, mais de bon sens et du simple intérêt pour notre avenir. C’est pourquoi on a eu à coeur d’interroger des personnes très différentes dans ce documentaire."

À Bure pour l'éternité
Un documentaire des frères Bonetti
France - 2014 - 52 minutes
Co-production Zebras film, Cycl-one prod et Mirabelle TV
Prix : 10 euros
Première diffusion télé : le 31 janvier à 20 heures sur Mirabelle TV
Site : http://www.bure-lefilm.fr/
Facebook : https://www.facebook.com/aburepourleternite.cyclone
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