« Courte majorité pour le blocage. 69 étudiants bloquent donc la fac de Lettres qui en compte… 8.000 ! », résume le fidèle chien de garde de L'Est Républicain, le mercredi 28 mars. Le jour où l'article parait pourtant, ils sont plus de mille étudiants en assemblée générale, et plus de 600 à voter « pour » le blocage. Mais qu'en retiendra L'Est Républicain, le lendemain ? Qu'on siffle et qu'on hue les jeunes macroniens... Quoi de plus logique, pourtant, que de siffler, de siffler et de huer encore, les jeunes macroniens, et le monde pourri qu'ils défendent, quand on veut tout réinventer ? Ceci dit également, quoi de plus logique que de caricaturer la lutte quand on écrit dans l'un des outils de propagande de ce monde pourri – qui est accessoirement l'organe du Crédit Mutuel ? Voilà pourquoi nous vous relayons ce communiqué des étudiant.es nancéien.nes en lutte. Qui expliquent les raisons du blocage.

 

Aujourd’hui les étudiants et les étudiantes de Nancy, de la fac de Lettres mais aussi d’autres universités et établissements (droit, IECA, ESPE, Sciences…) se sont réuni.es. Plus de 1000 personnes dans un amphi pour une AG de presque quatre heures. Les débats ont été longs et éprouvants, pour la simple et bonne raison que de très nombreuses personnes ont donné leur avis : pour ou contre le blocage. La très grande majorité des personnes présentes étaient contre le Plan étudiant mais en désaccord avec les modalités de mobilisation. Les arguments « contre » évoquaient le « droit à l’accès aux cours » et la nécessité pour les personnes de passer leurs examens. Les personnes en faveur du blocage portaient leur discours sur la prise de conscience des étudiant.es de la gravité de cette loi et sur les précédentes AG ayant rassemblé environ 300 personnes. Cette fois-ci, nous étions 1 100. Beaucoup d’autres arguments ont été évoqués. Étant favorables à ce blocus, nous allons expliquer les principaux arguments « pour ». Cependant nous invitons les personnes qui ont des arguments « contre » le blocage à les diffuser sans nous dévaloriser, ni partir du principe que nous sommes des « feignasses » ne voulant pas aller en cours… Il est beaucoup plus facile et moins épuisant d’aller en cours que de se mobiliser jour après jour, pour une vie et un avenir meilleur.

Nous ne luttons pas contre les étudiant.es qui souhaitent aller en cours, nous luttons pour que tout.es les étudiant.es et futur.es étudiant.es puissent y avoir accès. Une phrase a été prononcée en ce sens : « Lorsque mes enfants me demanderont pourquoi ils ne peuvent pas aller à la fac alors qu’ils en ont envie, je n’ai pas envie de leur répondre : "Désolé, j’avais des examens." »

Aucun droit social n’a jamais été obtenu sans se battre, aucun droit ne tombe du ciel. Si en 68 les étudiant.es ne s’étaient pas mobilisé.es, n’avaient pas demandé plus de droits, n’avaient pas lutté pour l’ouverture des facs à tou.te.s, nous serions très nombreux et nombreuses à ne pas du tout avoir accès à l’université aujourd’hui.

Ce mouvement ne concerne pas seulement Nancy, il concerne toute la France. Plus d’une vingtaine de facs sont bloquées : Toulouse, Montpellier, Lille, Bordeaux, Nanterre, Lyon, Paris, Saint-Denis, Dijon, Nantes, Rennes, Tours, Poitiers, Pau et Grenoble… Sont également mobilisé.es : les cheminots, les magistrats, le personnel hospitalier, les enseignant.e.s, les sidérurgistes, les retraité.e.s, les EHPAD, différents organismes sociaux, la RATP, les personnels EDF, les personnels d’Air France, la fonction publique etc…

Aujourd’hui nous ne nous battons pas seulement contre le Plan étudiant mais nous nous battons contre une idéologie mortifère de privatisation générale, contre la réduction de tous nos droits, contre la dégradation de nos conditions de vie et de notre avenir.

En bloquant, nous devenons visibles, l’AG d’aujourd’hui et le nombre de personnes rassemblées ne manquant pas de nous le confirmer. Grâce à cela, nous avons discuté du contenu du Plan Étudiant et permis, via un long dialogue, d’arriver à un vote en toute conscience, pour ou contre ce blocage. Après trois heures de débat, bon nombre de personnes au départ défavorables à la poursuite du blocage, ont changé d’avis. Le dialogue, la concertation, l’échange sont primordiales.

Depuis jeudi à la fac nous organisons des ateliers, des conférences, des discussions, des débats autour de nombreux sujets : domination par le langage, politique générale de Macron, débat sur la loi Vidal, écriture et enregistrement d’une chanson, ciné-débat… Ce que nous avons déjà commencé à faire depuis deux mois en occupant une salle unique à la fac (plusieurs profs et étudiant.es sont venu.es animer des discussions), nous avons eu la possibilité de le généraliser, de continuer ce que nous avons commencé. Et osons croire qu’avec cette énergie et cette émulation, nous contribuerons à rendre accessible culture, savoir, réflexions et autres formes de connaissance. La fac ne se ferme pas à son environnement, au contraire nous cherchons à lui redonner vie.

Nous invitons donc toutes les personnes qui n’ont pas cours et qui ont peur pour les examens à venir se mobiliser pour négocier avec leurs enseignant.e.s et personnes référentes afin que la fin d’année se passe convenablement pour tout le monde et que chacun.e réussisse ses examens. Chacun et chacune est invité.es à se réapproprier ce mouvement.

À ceux et celles qui pensent que nous ne sommes pas légitimes parce que nous ne sommes pas tous réuni.es, nous rappelons que moins de 200 personnes ont voté aux élections administratives hier. Logique, quand on sait que seulement quatre étudiant.es sont représenté.es au Conseil d’Administration pour le double de personnes extérieurs à la fac.

Pour finir, les étudiant.es en luttes ont proposé plusieurs revendications qui, compte tenu de la longueur de l’AG et de l’importance qu’a pris la décision de poursuivre ou non le blocage, n’ont pas été votées. Cependant nous les publions dès à présent car elles tiennent à cœur aux étudiant.es en lutte depuis le mois de décembre :

La démission du président de l’Université de Lorraine actuel, favorable au Plan Étudiant et à la sélection. Nous n’estimons pas cette personne légitime à la prise de décisions déterminantes pour nos vies, notre avenir (cette personne unique, pour laquelle nous n’avons jamais voté).

Nous sommes contre toute forme de sélection, contre la loi Vidal.

Nous réclamons le libre accès à toutes et à tous à l’université, sans distinction de classe, de genre, de couleur, d’affiliation politique, d’âge, bref la fac pour tout.es en tout temps.

Nous voulons également que les bâtiments publics (en dehors de la fac) soient aménagés pour être accessibles à toutes et à tous et toutes y compris les personnes en situation de handicap, visibles et invisibles.

Nous sommes contre la suppression des TD, des postes de profs, du personnel administratif et la précarisation de toutes les personnes qui travaillent ou étudient à l’université.

Nous en avons assez des inégalités entre étudiant.es. À la fac de Lettres de Nancy, 55% des étudiant.es ont un travail salarié et peu obtiennent le statut d’étudiant-salarié. Cette situation créé de fait des inégalités entre ceux et celles qui sont obligé.es de travailler, et les autres. Nous revendiquons donc un salaire étudiant pour toutes et tous, reconnaissant ainsi notre travail.

Pour en arriver là, nous revendiquons une augmentation des budgets de l’enseignement supérieur.

Nous réitérons le fait que nous ne voulons pas de fachos dans nos facs, que nous sommes contre les répressions fascistes et policières qui ont eu lieu partout en France, blessant de nombreux et nombreuse étudiant.e.s. Nous déclarons aussi que les personnes ayant appelé à la violence lors du vote, ne « débloqueront » pas par la force. Ici, nous apostrophons le syndicat UNI. Fachos, hors de nos facs !

Aujourd’hui, s’est passé quelque chose qui n’était pas arrivé depuis des années à Nancy : plus de mille personnes se sont réunies pour débattre et se sont soulevées contre un gouvernement. Cette journée fait maintenant partie de l’histoire, de notre histoire. Cinquante ans après mai 68, le mouvement n’est pas fini et n’est pas près de s’arrêter. Le gouvernement doit et va reculer. Partout bloquons, partout faisons grève, partout manifestons, partout créons et enfin partout vivons

La fac, la ville, la campagne est à nous, reprenons le contrôle de nos vies, décidons nous-mêmes de notre avenir !

En ce sens, nous déclarons avec joie l’ouverture de l’Université Populaire du sapin de Nancy 2.

Unissons-nous, rejoignez-nous.

 

Les étudiant.es nancéien.nes en lutte

>> page Facebook du mouvement

 


 

Pour une convergence des personnels de l'université avec les étudiants !

 

Pendant que nous y sommes, nous relayons aussi ce texte de Didier Croutz, salarié à l'Université de Lorraine, militant du syndicat Interpro de l’Union Locale CGT de Nancy, en réponse à l'interview du président de l'UL Pierre Mutzenhardt dans laquelle il trouve que le blocage de l'université est « une méthode regrettable » (L'Est Républicain du 30 mars).

 

Quand on constate les dégâts causés par la politique qu’applique Monsieur Mutzenhardt depuis plus de quatre années de présidence, ce que je regrette surtout est que les personnels des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé (BIATSS) et les enseignants de l’Université de Lorraine n'utilisent pas les mêmes moyens que les étudiants pour se faire respecter.

 

En effet, il est probable que si nous avions appliqué une méthode semblable à celle des étudiants, nous ne nous serions pas fait voler neuf jours de congés, nos collègues en CDD massivement licenciés auraient toujours leur travail, il n’y aurait pas eu de gel de postes, les conditions de travail ne se seraient pas autant dégradées, etc.

 

Le grand regret que j’ai est que les personnels de l’Université ne soient que spectateurs du mouvement des étudiants et n’y ajoutent pas leur force pour faire valoir leurs revendications.

 

Monsieur Mutzenhardt semble agacé de n’avoir aucun interlocuteur pour sortir de cette crise. Il est sûr que le Président de l’Université est habitué à trouver des « partenaires sociaux » toujours prêts à négocier le « poids de nos chaînes » et se trouve là un peu déboussolé. Mais les étudiants ont raison, il n’y a rien à négocier ni avec Monsieur Mutzenhardt ni avec le gouvernement Macron et ils doivent imposer leurs revendications par leur lutte et certainement pas par une quelconque négociation.

 

« Il faut certainement plus de moyens », a déclaré Monsieur Mutzenhardt. Quelle hypocrisie de la part de celui qui depuis plus de quatre ans applique au pied de la lettre la politique d’économie drastique dictée par les gouvernements successifs et organise la pénurie à l’Université avec toutes les souffrances que cela engendre pour les personnels !

 

Comme les étudiants, les personnels BIATSS et les enseignants sont victimes de cette sale politique gouvernementale.

 

Si nous nous jetions dans la bataille, personne ne palabrerait plus sur la « légitimité » du blocage de l’Université. Car si nous arrêtions notre travail, le fonctionnement de l’Université serait de fait bloqué.

 

Alors qu’attendons-nous pour joindre nos forces à celles des étudiants et ensemble imposer nos revendications respectives ?!

 

Didier Croutz