À croire que des conditions de vie désastreuses ne suffisaient pas. Les services préfectoraux refusent également de distribuer des bons alimentaires aux demandeurs d'asile du camp Blida à Metz. Le Collectif mosellan de lutte contre la misère dénonce cette situation à travers une lettre ouverte destinée à la directrice départementale de la cohésion sociale que nous reproduisons ici. Le camp Blida, c'est un bidonville institutionnalisé à Metz situé dans l'avenue du même nom, sur un parking boueux en face d'un incinérateur. Plus de 450 femmes, hommes et enfants s'y trouvent actuellement. C'est là que nous vous emmenerons dans le dossier principal de notre prochain numéro. Sortie prévue à la fin du mois de juin...

Metz le 01/06/2017

Madame,

Des hommes célibataires du bidonville nous signalent que la Direction départementales de la cohésion sociale leur refuse les bons alimentaires. Nous vous avons interrogée sur ce point. Vous nous avez répondu que ces bons sont réservés aux personnes titulaires d’une attestation de demande d’asile. Les autres se contenteront de ce que les organisations caritatives distribuent de ci de là.

Autrement dit, le migrant qui arrive à Metz échappe à la famine si, et seulement s’il réussit à se glisser dans une distribution de nourriture assurée par des bénévoles s’ils existent. Au pire, il reste sans manger. Et personne n’est jamais mort de rester trois jours sans manger.

Pourquoi trois jours ? Trois jours, c’est le délai maximum prévu par la loi entre l’arrivée du migrant et l’enregistrement de sa demande d’asile.

Il est scientifiquement prouvé qu’un être humain privé de nourriture pendant trois jours ne meurt pas. Trois jours à survivre sans un quignon de pain, c’est le délai réglementaire entre l’arrivée du migrant et son premier rendez-vous au guichet unique qui lui délivre l’attestation de demande d’asile.

Trois jours, c’est la règle générale. Mais à Metz, c’est différent. Ce délai est actuellement de cinq semaines.

Il est prouvé scientifiquement qu’un être humain privé de nourriture durant cinq semaines ne meurt pas à tous les coups. Certains survivent. Si c’est un homme jeune, en bonne santé, capable de traverser les steppes et déserts africains, puis la Libye, puis la Méditerranée, il pourra tenir le coup cinq semaines de plus sans nourriture.

Vous nous avez assurés que sitôt l’attestation délivrée, le demandeur d’asile reçoit ses bons alimentaires. Certes pas au bout de trois jours comme en dispose la loi, mais cinq semaines. Ordre est donné à vos services par vos soins pour qu’il en soit ainsi.

Nous, au Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère, nous étions disposés à expliquer la chose aux personnes concernées. Bon, d’accord, vous avez traversé les steppes, les déserts, les champs de tirs et la Méditerranée, et vous y avez survécu. Vous êtes forts, vous êtes costauds, vous êtes résilients, vous pouvez patienter cinq semaines sans nourriture.

Vous étiez pressée, et occupée à autre chose lorsque nous vous avons rappelée pour vous signaler que vos services désobéissaient. Nous tenons à votre disposition les preuves : des demandeurs d’asile restés sans bons alimentaires, non pas trois jours mais cinq semaines, attendent encore. L’homme ne vit pas que de pain, certes, ni que de paperasse. Les hommes qui nous ont signalé l’anomalie sont intelligents, stoïques, sympathiques et en bonne santé. Nous pouvons vous assurer qu’ils survivront encore au régime drastique auquel vos services les réduisent par on ne sait quel zèle. Mais combien de temps encore ? Et par quelle distraction, soumission, impuissance ou volonté assumée les priverez-vous de nourriture ?

Le Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère vous pose la question maintenant et attend de vous une réponse rapide, proportionnelle à l’urgence que ressent un ventre creux à recevoir quelque chose. Nous ne rendrons publique cette lettre qu’en cas de nécessité.

Recevez, Madame Chabeau, l’assurance de toute notre considération.

 

Le Collectif mosellan de lutte contre la misère

 

Réponse de la directrice de la cohésion sociale et des territoires (le 2 juin par téléphone) :
« Les hommes seuls, isolés n'auront jamais de tickets alimentaires, c'est comme ça en Moselle, depuis des années. Ils doivent s'adresser aux associations caritatives. Ce n'est pas la loi, non, c'est la situation en Moselle. »