Le meilleur blog de contre-information vosgien s'apprête à subir deux procès coup sur coup ! Florilège des pépites dénichées, au fil des années, par son animateur. De ses premiers scoops dans les poubelles jusqu'à la révélation qui lui attire les foudres des plus hauts sommets de la mairie d'Épinal.

 

Vous savez ce que signifie le mot anglophone muckraker ?

Un fouille-merde, littéralement.

Fouille-merde dans son acception la plus noble, notamment lorsqu'elle désigne un journaliste.

Eh bien notre confrère Alexandre Renahy de L'Odeur du Sapin en est bel et bien un.

Un muckraker.

Littéralement.

Pendant des semaines et des semaines, il s'est pointé chaque mercredi devant l'Hôtel de Ville d'Épinal, pile à l'heure de la collecte des déchets, pour ramasser les sacs-poubelles avant les éboueurs.

 

 

Dans les poubelles des élus, il découvre ainsi un beau rapport de la police municipale d'Épinal qui révèle ses propres irrégularités (trafic des registres d'armes, détention d'armes « sans droit ni titre », etc.).

 

Un autre rapport faisant état de la « qualité » de la restauration dans les cantines des écoles municipales. Rapport jamais suivi du moindre effet, si ce n'est du licenciement de son auteur...

 

Ou encore un courrier rédigé à la demande du maire pour annoncer une « conférence inter-religieuse en présence des représentants des différentes communautés ». Mais comme les communautés ne sont pas reconnues par la République française et que le terme est à peine stigmatisant, la conférence tombera heureusement à l'eau suite à la publication du courrier sur L'Odeur du Sapin assorti d'un petit rappel des cours de CM2 à destination des organisateurs.

 

Pendant des semaines, les documents révèlés sur le blog de contre-information vosgien laissent pantois le député-maire Michel Heinrich et ses fidèles : mais d'où toutes ces informations peuvent-elles bien sortir ?

 

Et un beau jour, en décembre 2015, pile au moment où les sacs-poubelles sont sortis, une voiture se gare devant l'Hôtel de Ville d'Épinal.

Un véhicule utilitaire de la mairie, plus exactement.

Gardé par la police municipale elle-même.

Une dame y enfourne les fameux sacs-poubelles à la place de la société chargée de la collecte, tandis qu'une agente assermentée empêche le blogueur d'avancer.

La scène, risible, est tout de même filmée.

Alexandre est enfin grillé.

 

 

Il va sans dire que, pour la presse consensuelle, la méthode du blogueur est peu ragoûtante.

Mettre la main dans le cambouis : voilà une image à laquelle les journalistes ne nous ont pas forcément habitué, il est vrai.

Jusqu'à Vosges Télévision, on parle de lui.

Et il n'a pas fallu attendre l'épisode des poubelles pour cela.

Un best-of réalisé par L'Odeur du Sapin retient les plus belles démonstrations de courbettes diffusées – hors programmes sportifs consacrés à l'équitation, on précise – sur la chaîne locale autoproclamée « indépendante ».

Sans étonnement, on y retrouve Jean-Pierre Jager, le patron de La Semaine, dans son rôle habituel d'ardent défenseur des notables.

Attention, grand moment de télévision en perspective.

 


 

« Vous ne ménagez pas votre peine pour contribuer à des positions intelligentes et parfois courageuses du Sillon », dit Jager, sans blaguer, à Monsieur le maire. Avant de s'en prendre à « un blogueur qui confondait la mairie d'Épinal avec les marches du Palais des festivals à Cannes ».

 

Il est vrai qu'Alexandre s'est permis de rapprocher le conseil municipal d'Épinal à une « soirée privée », et qu'à cause de lui la séance de décembre 2014 a été – selon les termes de Vosges Matin – « perturbée et émaillée par une relativement courte suspension décidée par le premier magistrat Michel Heinrich qui n’arrivait pas à convaincre un blogueur de cesser de déambuler dans la salle en prenant des photos ».

 

Il est vrai aussi que, toute cette transparence, cela commençait à bien faire.

 

Après avoir diffusé, dans l'intérêt de la collectivité, des rapports qui font état de services publics, voilà que le blogeur se met à vouloir propager aux citoyens des images... prises en conseil municipal.

Et l'impudent de citer l'article L.2121-18 du code des collectivités territoriales, qui prévoit pour tout le monde la possibilité de retransmettre le conseil municipal.

 

« Je vous demande de ne pas prendre de photos ! » s'offusque Michel Heinrich.

« Je vous garantis que vous aurez des problèmes ! » menace carrément Jean-Claude Lacour, élu du Parti de Gauche, et accessoirement opposant à la majorité.

Ce grand moment de démocratie, que quelques captations sonores ont immortalisé, offre de croutisllants dialogues.

Le maire : « Monsieur, je vais être obligé de faire appel à la police pour vous demander de bien vouloir vous installer. »

Le blogueur : « Et moi à un huissier au prochain conseil municipal. »

L'opposant : « Il a bu ou quoi ? »

On pourrait, effectivement, penser qu'Alexandre soit soûl.

Quelle idée, tout de même, de vouloir photographier l'endroit où les élus spinaliens prennent des décisions qui concernent tous les Spinaliens...

 

 

 

Malheureusement pour ces braves élus, Alexandre n'est pas ivre.

C'est bien pire, en fait.

Il est journaliste.

Et au conseil municipal suivant, Michel Heinrich aura une bonne raison de s'en débarrasser.

Car entretemps, L'Odeur du Sapin a sorti des révélations inquiétantes sur la « double vie » du directeur général des services de la Ville d’Épinal, qui d'un côté cumulerait une activité non salariée lucrative (chose interdite pour un agent de collectivité territoriale selon la loi du 2 février 2007), et de l'autre bénéficierait de « fonds extraits de la caisse publique sous la fausse apparence de loyer » selon un jugement rendu en octobre 2013 par la chambre régionale des comptes.

C'est tout de suite plus inquiétant.

Alors comme ça le gentil fouteur de merde en réunion, un peu pot de colle mais pas bien méchant, en fait, c'est un lanceur d'alerte qui se pointe en conseil municipal pour prendre, sous les trognes outrées des élus, des photos destinées entre autres à illustrer ses articles dénonçant les manœuvres « illégales » employées au plus haut sommet de la municipalité, à commencer par le premier magistrat lui-même.

Tous les documents sur lesquels reposent ses accusations sont publics. Et les articles les citant et relatant cette affaire sont on ne peut plus faciles à trouver sur L'Odeur du Sapin. On vous laisse le soin de les dénicher vous-mêmes. Car nous ne pourrons malheureusement pas être plus précis.

Vous allez comprendre pourquoi...

 

 

Revenons au conseil municipal en question. Fin janvier 2015, donc.

Une demi-heure à peine après l'ouverture de la séance, totalement démuni face à la menace photographique qui plane sur son assemblée, Michel Heinrich n'a pas d'autre choix que faire ce qui s'impose en ces circonstances.

À savoir, délégitimer son adversaire : « Vous n'êtes pas journaliste ! »

Et prendre la fuite : « La séance est levée. »

Et tout cela évidemment entre les discours fâdes et consensuels que récitent les élus aux lendemains de l'attentat de Charlie Hebdo.

Et pas n'importe quels élus !

Car comble de l'ironie, qui se met subitemment à « défendre la liberté de la presse, toutes les libertés » et à dresser l'éloge de la « libre pensée » et de l' « esprit critique » sans voir le moindre paradoxe avec son vote, au cours de la même séance, pour l'ajournement du conseil municipal à cause d'un libre-penseur qui prend des photos ?

Dans le mille : Jean-Claude Lacour, l'opposant du Front de Gauche, celui qui « garantit » au blogueur « vous aurez des problèmes ».

 

 

Deux mois plus tard, Michel Heinrich semble avoir totalement revu sa stratégie.

Alexandre est enfin autorisé à photographier debout au conseil municipal.

« Plus de "je vous demande de cesser de photographier", plus de "pas de photo dans le public !", plus de "je vous demande de vous asseoir" lorsque je me tiens debout au même endroit que les autres organes de presse ! » s'enthousiasme-t-il alors.

 

Mais ce qu'il ignore encore à ce moment-là est que le directeur général des services de la Ville d'Épinal et le député-maire vont porter plainte contre lui et engager deux procédures différentes.

 

Le premier pour « diffamation ». Le procès a eu lieu le 1er décembre au Tribunal de Grande Instance d'Épinal (TGI) et a été ajourné après que d'importantes irrégularités dans la forme de la procédure ont été pointées par la défense. La délibération sera rendue le 15 décembre (7 Place Edmond Henry).

 

Le second pour « dénigrement ». Michel Heinrich réclame 3000 euros dont 1000 de dommages et intérêts pour la divulgation d'informations tirées dans le jugement de la chambre régionale des comptes, un document public donc. Le procès est prévu pour début 2017 au Tribunal de proximité d’Épinal (1 Place Foch, près de la Préfecture). Il fait suite à deux reports d'audience sollicités par la partie adverse, qui « n'a pas eu le temps de préparer ses conclusions ». L'Odeur du Sapin n'a plus qu'à renchérir : « Les notables qui ont eu le temps de lancer une procédure abusive n'ont décidément pas le temps de la conclure... »

 

 

Pétition en soutien à L'Odeur du Sapin et à la liberté d'expression : pour la signer, cliquer ici.