L'audience correctionnelle est déjà prévue... On a reçu la convocation en novembre, on tombait des nues. Pour la troisième fois... Le 11 mars 2016, le Nouveau Jour J passera devant le tribunal d'instance de Nancy et risque « une amende de 7500 euros » et ce « autant de fois qu'il y a de publicités, d'enseignes ou de préenseignes en infraction »* pour un affichage sauvage remontant à... juin 2013. Destiné à annoncer notre toute première sortie en kiosques, cet affichage a donc fait l'objet de trois procédures différentes – autant de menaces pour notre précaire tentative de contrepoids à l'empire de presse du Crédit Mutuel. La première procédure, avortée en 2013, était une facturation ubuesque de 7146,80 euros réclamée par la « Direction propreté » du Grand Nancy. La seconde, évitée en 2014, était un procès, lancé par la ville cette fois, que nous avions remporté devant la juridiction de proximité de Nancy, évitant ainsi 500 euros d'amende. Et pour la troisième procédure, alors, qui peut bien être à l'origine ? Devinez... On vous a pondu un petit conte pour vous aider à trouver. Toute coïncidence avec des personnages réels est la bienvenue !

Imaginez une Ville dirigée pendant trente ans par le même Maire. Situons cette ville à l'Est, dans une région, et carrément une zone géographique, où le contre-pouvoir ne serait incarné que par des journaux appartenant à une Banque à qui parler d'indépendance rédactionnelle est inconcevable. Cette Banque, par ailleurs amie avec le Maire, aurait tout intérêt à faire en sorte que les journalistes de son empire de presse se contentent de donner un point de vue de l'Est répugnant, où la parole des notables, des puissants et des élus constitue l'essentiel de l'information entre les élections de Miss mira belles (pour vendre) et l'histoire poignante d'un enfant poignardé (pour vendre encore plus).

Bien. Maintenant, imaginez qu'après tant d'années passées entre le Maire et la Banque-Empire de presse dans une communauté humaine en parfaite harmonie, un journal, mais alors un tout petit journal, débarque dans tous les kiosques de la Ville et délivre, à travers des enquêtes et des reportages, un message un peu moins consensuel. Que croyez-vous qu'il se passe ?

La censure à l'ancienne, la bonne vieille diffamation ? Non ce serait trop gros. Le Maire cherche, cogite, jusqu'à trouver un prétexte plus légitime. Un affichage sauvage, tiens ! Ça fera l'affaire. Bam, il réclame 7000 euros ! Mais c'est encore trop gros. Bon, 500 euros alors ? Mais il perd, en justice. Il garde sa rancœur, longtemps, longtemps comme ça, et pour bien la cacher, sa rancœur, il vante même la Liberté d'Expression, ce Principe Fondateur de la République, au moment où un plus gros journal, à Paris, se fait hara-kiri.

Mais voilà que, même deux ans après l'affichage sauvage, même après que le Maire a passé le relais à son Dauphin, le petit journal est de nouveau menacé de 7000 euros, peut-être bien plus. Comment vous appelleriez ça, vous ? De l'hypocrisie, vous dites ?


Le 11 mars 2016, faute de soutenir le NJJ, soutenez au moins la liberté d'expression ! Venez nombreux à 8 h 30 au tribunal d'instance de Nancy (à la cité judiciaire, rue du Général Fabvier).


*Article L.581-34 du Code de l'environnement.