C'est un rapport au temps différent quand nos journées ne sont pas occupées par le travail et autres activités épanouissantes à en mourir. C'est un rapport particulier aux autres aussi, et au vide qu'ils laissent pour remplir les bouchons sur les périphériques ou les métros pleins à craquer d'une foule qu'ils rejettent éperdument. Cette foule que le chômeur traverse, étranger. Ces impressions, difficile de les décrire mieux qu'en vers. En quelques rimes efficaces, Céd nous les partage.

 

Six heures encore. Un autre réveil lourd.
Trop tard de peu, comme tous les jours ;
Á son côté, la place froide d'un corps déjà parti,
Avant le soleil, avant les petits.
Ils le laissent s'éclater à passer le torchon
Quand des cartables, à peine, dépassent leurs fronts
Et que leurs silhouettes avachies par les kilos s'en vont.

Aujourd'hui, dans la rue, son cri est anonyme
Parmi cette foule. On cherche qui a ourdi le crime,
Le vol du travail, l'ablation des droits
Á part celui de chercher un introuvable emploi.

Une chance d'avoir tout ce libre temps,
Á profiter des oiseaux, des courses et du ménage, pendant.
Les pantoufles sont vides lorsqu'il rentre,
Pas encore l'heure des petits garnir le ventre.

Quand les ombres prennent vie de fatigue gorgées,
Il espère la revoir, cette fois pas trop cabossée.
Dans le bus, la rue, jusque dans les bras de son mari,
L'effluve stérile des détergents la poursuit
Bousculant son parfum pour se mêler à lui.

Céd.

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