À chaque procès, on se dit que, non, là non, c'est trop gros pour être vrai. Et pourtant si, ça passe. Des procès, Loïc Schneider en a connus six. Bientôt sept. Poète, révolté, emburé, Loïc est désormais emprisonné. Visé par un mandat européen, extradé vers l'Allemagne, le voici à plus de 700 bornes de chez lui, dans une prison d'Hambourg, pour une durée indéterminée, et tout cela au motif d'une présumée participation aux manifestations contre le sommet du G20 qui s'est tenu à Hambourg en juillet 2017. En soutien, nous relayons quelques textes qui décrivent le mieux le combat que porte Loïc.

 

L'acharnement judiciaire dont il fait preuve depuis ses premières actions en 2014 - à l'époque comme Anonymous - contre le gaspillage d'argent public et le déni de démocratie liés au projet d'enfouissement des déchets nucléaires, à Bure (Meuse), est toujours plus poussé. Plus absurde. Prenons un exemple. En juin 2017, Loïc est condamné à quatre mois de prison avec sursis et 500 euros de dommages et intérêts pour participation à un attroupement et dégradation des grilles qui entourent l'écothèque de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Lors du procès, il dit qu'un commandant de gendarmerie l'a étranglé jusqu'à lui laisser des marques de strangulation, lors de l'interpellation qui fait suite au sabotage desdites grilles, en février 2017. Et bim ! Deuxième condamnation en novembre 2017 : 1 400 euros d'amende pour « atteinte à l’honneur » et « diffamation » envers ledit commandant de gendarmerie.

Il aurait certes été bien plus simple pour les forces de l'ordre que Loïc soit, lors des manifs, aussi violent envers eux qu'ils l'ont été envers lui. Et qu'il soit, lors de ses audiences, aussi caricatural que la justice l'a été à son encontre. Il aurait certes été plus simple qu'il soit le terrifiant casseur de flics, plutôt que ce poète échevelé qui s'assume en tombeur de grilles. « Que vaut quelques grilles tombées face au risque d'une contamination radioactive et la destruction complète d'un territoire ? », demandera-t-il au cours de son procès. Il aurait certes été plus simple qu'il nie silencieusement les motifs extravagants qui valent une telle disproportion de moyens humains et financiers pour le traquer plutôt qu'il ne revendique avec autant de transparence, de passion, de sincérité et de rhétorique chacune des actions qu'il a réellement commises lors de ses plaidoiries, qui font plus mal aux autorités que tous les coups et les étranglements qu'elles lui ont infligés jusqu'alors. Loïc laisse des traces sur les sentiers de chaque personne qu'il a connue. En voici quelques-unes, à travers quelques textes, qui résument son combat. Mais attention : ceci n'est pas un hommage ! Le plus gros de son œuvre reste à venir. Et nous attendons impatiemment qu'il sorte de là où il se trouve pour qu'il la poursuive...

 

Acte 1 : L'Anonymous emburé

 

 

« Déchets nucléaires à Bure : l'Anonymous "emburé" », CQFD, septembre 2015.

« Des Anonymous ont été jugés à Nancy », Reporterre, 13 novembre 2015.

« Bac résistance mention piratage informatique », Nouveau Jour J, printemps 2016.

 

>> Au moment des manifestations contre la loi Travail et son monde, ses vidéos de compilations des violences policières dépassaient les 100 000 vues.

 

 

Acte 2 : Le poète

 

L’homme naît pour être libre,
Mais peut s’emprisonner.
Si face à ces calibres,
Sa face s’est résignée.

Loïc est l'auteur d'un recueil de poèmes. La plupart de ces textes ont été publiés sur sa page Facebook, Loïc Citation's.

 

 

Acte 3 : « Sachez que je n'attends rien de votre institution »

 

Le procès du 6 juin 2017 devant le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc (Meuse) a eu le mérite de permettre à Loïc de dérouler une flamboyante rhétorique contre Cigéo et son monde. Retranscrits tels quels, les échanges tenus lors de l'audience ont fait l'objet d'une brochure librement téléchargeable : Sachez que je n'attends rien de votre institution.

« ... pourquoi s’attaquer au grillage ? Cela ne vous intéresse sûrement pas, pas plus que ce gendarme qui m’a dit pendant le trajet vers la brigade : "Tu aimerais bien que je vienne découper le grillage de chez toi ? Bon ben là c’est pareil". Voilà la fonction policière présentée dans toute sa splendeur : réprimer la conséquence, sans jamais chercher à en comprendre l’origine. Un grillage d’un projet de poubelle nucléaire serait le même que celui d’une maison. Et vous, juges et jurés, quand vous dites que vous n’êtes pas là pour juger les motivations mais les faits, vous vous abaissez au même niveau et c’est vous que l’on appelle justice. Prendre autant de temps à parler de mon profil - comme on va le faire - d’où je viens, mon statut social, ne serait-ce pas révélateur d’une justice de classe ? Cela changerait-il quelque chose à la peine prononcée si j’étais un banquier ou un chômeur, un Français ou un étranger ? Nommer cela justice n’est qu’une vaste supercherie. Sachez que pour les  personnes habitant une maison, il n’existe aucune crainte de voir les manifestants qui se sont attaqués à l’Andra débarquer chez eux pour abattre leur clôture. »

 

Acte 4 : De la cavale au septième procès

 

« Je choisis la cavale », blog Médiapart de Loïc, 14 juin 2018.

Des appels à soutien et résumés de l'affaire sur les sites de Manif'Est et lundimatin, 24 septembre 2018.

« Trois mois de cavale et puis la geôle », CQFD, septembre 2018.

« La police traque les anti-G20 », Mediapart, 5 octobre 2018.

« À propos de l'extradition de Loïc Citation vers l'Allemagne », Manif'Est, 12 octobre 2018.

 

Pour écrire à Loïc :

Loïc Schneider
UHA Hamburg (Untersuchungshaftanstalt)
Holstenglacis 3
20355 Hamburg

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