Plus de 1500 néo-nazis se réunissait à Toul, en novembre dernier, pour fêter le vingtième anniversaire de la délégation allemande « Hammerskin Nation ». Ce groupe de skins, considéré comme le plus important d'Europe, possède une section en France : le Crew 38. Sans le vouloir, notre reporter malgré elle a partagé son wagon avec l'un de ses futurs membres. Récit de son voyage au bout de la nuit.

 

Et moi qui pensais m'ennuyer pendant ce voyage en train… C’était sans compter sur un passager des plus intéressants. Le 19 novembre 2012 sur un Nancy‑Remiremont tout ce qu'il y a de plus banal, la magie du hasard m'a amenée à partager mon wagon, bien malgré moi, avec un skinhead. Crâne rasé, jean droit, bombers camouflage… ma première interrogation fut : est-il faf ou Antifa? Réponse vite trouvée avec la conversation téléphonique que cet homme beuglait aux oreilles de tous, avec je ne sais quel autre crâne rasé nostalgique du National Socialisme.

Bien sûr, les mots dérangeants comme « Feuj », « Bougnoules » ou « Pédé » sont bannis de son vocabulaire. Mais tout de même, ce bonhomme fut très loquace sur l’état de l’extrême droite en notre belle région de Lorraine. Tout a commencé par sa nostalgie du rassemblement néo-nazi à Toul le 3 novembre dernier : « Il y a 1500 allemands qui sont arrivés, c'est des vrais, eux. Pas comme tes potes d’Épinal…» Vous l'aurez compris, « mon » skinhead trouve ses camarades d’Épinal un peu trop mous… Habitant vraisemblablement à Remiremont où il invitait son glorieux interlocuteur à venir boire l’apéro, lui-même ne pouvant pas « monter sur Épinal, sans faire fumer ses phalanges » (comprenez : sans se battre). Résumons, les faf d’Épinal passent pour des mous du genou quand les Allemands néo-nazis sont idolâtrés.

Le GUD ? Des Clowns ?

« Je reviens de Saint-Max, là. Ils m’ont un peu saoulé avec leur affichage de malade mental, ils cherchent tous à se faire chopper. » Il enchaîne en parlant du mouvement d’extrême droite à la mode dans les médias nancéiens : « T'as vu, les mecs du GUD se sont fait chopper à la manif', des vrais clowns ceux-là. Maintenant ils sont contents, ils ont leur tête dans tous les commissariats. En plus, ils se sont fait confisquer leurs triplexs… » Leur tri-quoi ? Auraient-ils perdu leur appartement trois étages ? Je ne savais pas à ce moment-là qu'une triplex est un genre de chaîne de vélo – et accessoirement l'arme officielle du mouvement skinhead…

Après quelques discussions d'ordre personnel dont je vous épargne l'affligeante banalité il revient sur les skins d’Épinal. « Tes potes critiquent le Crew 38, mais si on fait un fight l'affaire est vite réglée. On a vu la dernière fois, on en a vu un pleurer et partir en burnant avec sa caisse. D'ailleurs, en parlant du Crew 38, tu gardes ça pour toi, mais tu en as un au téléphone. (…) Oui, je me fais bientôt baptiser.  » Baptiser ! Tu penses bien que j’allais garder ça pour moi… Mais c'est quoi ce Crew 38 tant adulé par ce type ? Le Crew 38 est un mouvement néo-nazi international issu d'une organisation appelée « Hammerskin », c'est d'ailleurs eux qui organisaient le fameux « festival » à Toul, sur les terres du Michel… Aux USA le Hammerskin est considéré comme le mouvement néo-nazi le mieux organisé au monde. Autrement dit, c'est pas des clowns !

Antifa un jour, Antifa toujours

« Le gros problème sur Remiremont en ce moment c'est les flics, on est tout le temps contrôlé. »

Quel paradoxe pour de si bons français…

Mon compagnon forcé poursuit : « Il n'y a quasiment pas d’Antifa chez nous, et les mecs du Rhumont (la cité romarimontaine) nous font pas chier quand on est tous ensemble. Ils ont choppé Mick quand il était tout seul, ils l'ont bien amoché. Après c'est le jeu, moi aussi j'aime bien quand ça chamaille un peu. » Je précise que, un peu plus tôt dans la conversation, il a laissé entendre qu'il était militaire : ses chamailleries lui auraient-elles été inspirées par son service à l'état français ?

« Faut se méfier de la meuf à Stéph*, c'est une ancienne Antifa et, comme je dis toujours, Antifa un jour, Antifa toujours. Elle doit refiler des infos à ses anciens potes. » Je suis surprise d'apprendre qu'une fille se disant Antifa fréquente ce genre d’énergumène sans morale. Vivement la libération qu'on la rase… Après plus d'une heure de l'exposé exhibitionniste d'un militant milicien d’extrême droite, je commençais à avoir la nausée. Celle-ci revient à chaque fois que je repense à l'homme à l'air sympathique et agréable déblatérant ses raisonnements sophistes qui m'emplirent, le temps d'un trajet Nancy-Remiremont, de peur. Et si l’extrême droite était beaucoup plus organisée et puissante qu'on ne le croit ?

Dans tout son discours il n'y a eu aucun message de haine raciale, juste une violence de tous les instants, parlant sans cesse de « fight » et faisant passer ces batailles rangées pour des chamailleries. Sur quelle planète vivent-ils ? Tant de questions sans réponse devant l'irrationalité de ces mouvements inhérents à toutes les sociétés en crise. Et voilà que je tombe dans le consensuel-bobo-antifasciste-de-base…

Alors que faire ? La violence en réponse ?

Surtout pas.

Comme prônent sagement certains Anars : « Combattre pour la paix, c'est comme niquer pour la chasteté. »

 

Marguerite

* Les prénoms ont été modifiés

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