« Elle a beaucoup de talents et ira loin », jure Myriam El Khomri, la ministre qui a donné son nom à la loi Travail. La députée de Meurthe-et-Moselle Carole Grandjean a compris comment se faire un nom en politique : s'en prendre aux personnes et travailleurs précaires.

 

« Travailler sur l'accès aux droits et sur le lien social », « plus de démocratie sociale », « démontrer que l’Europe est aussi une Europe qui protège, qui a une dimension sociale et sociétale essentielle »... Carole Grandjean mijote le mot « social » a toutes les sauces depuis qu'elle est députée La République En Marche. Surtout à la sauce libérale.

Ainsi, cette « jeune députée pleine d'avenir » a droit aux louanges du Figaro et d'une ancienne ministre du Travail dont le nom est éternellement associé au progrès social : Myriam El Khomri... Il est vrai que la député de la première circonscription de Meurthe-et-Moselle a porté une courageuse Directive européenne des Travailleurs détachés au sein de l’Assemblée Nationale. Son but ? Renforcer « l’arsenal juridique de lutte contre les fraudes au détachement », mais ne surtout, surtout pas interdire ce cadre juridique qui autorise des conditions de travail indignes et un accès aux droits sociaux inégal sur un même territoire. Au contraire, Carole Grandjean dit elle-même qu'elle « ne voulait pas pas limiter le travail détaché car nous aussi nous avons 130 000 travailleurs détachés mais il fallait stopper la concurrence déloyale ».

Conséquence : sa révision de la directive ne modifie en rien le cœur du problème. Des Européens peuvent toujours venir travailler en France sans bénéficier des mêmes droits que les travailleurs français. Les cotisations sociales continuent d'être payées dans le pays d'origine du travailleur. Même chose pour les indemnités de transport, de logement et de repas : elles sont calculées selon le barème en vigueur dans le pays d’origine.

Alors, lorsque le 13 février dernier Jean-Luc Mélenchon propose, lui, une loi « pour l’interdiction du régime européen de travail détaché sur le territoire national » à l'Assemblée Nationale, Carole Grandjean annonce que son groupe La République En Marche « s’opposera avec force à [cette] proposition qu’il juge régressive ; nous aspirons au progrès, non au repli ». Le progrès signifie-t-il pour elle, comme le formule la proposition de Mélenchon, que « les employeurs (peuvent) faire venir de la main d’œuvre moins chère que celle disponible sous contrat de droit français » ? Ou que « les travailleurs détachés subissent souvent des conditions de travail dégradantes » ? Ou encore que « les travailleurs établis durablement en France doivent faire face à une concurrence déloyale » ?

Non. Elle répond à Jean-Luc Mélenchon que tout va bien dans le meilleur des mondes : « le travailleur détaché accueilli en France jouit des mêmes libertés individuelles et collectives que les travailleurs français ». Les travailleurs « enchaînés » – formule du Monde Diplomatique – ont encore de beaux jours devant eux...

 

S'attaquer à la fraude sociale avec la spécialiste de faux « scandales d'État »

 

L'obstination dont a fait preuve la députée de Meurthe-et-Moselle pour légitimer un statut qui met les travailleurs en concurrence entre eux et favorise le dumping social a fini par être récompensée... Le 28 mai, Édouard Philippe en personne lui confie une nouvelle mission. Cette fois, elle doit « procéder à une évaluation, robuste et objective, du coût pour nos finances publiques de la fraude aux prestations sociales », révèle l'AFP. Son rapport est attendu d'ici septembre. Sa collègue, la sénatrice centriste Nathalie Goulet, qui est également sur le coup, s'est sentie obligée de préciser que la fraude sociale n'est pas « une fraude de pauvre ». On y croit…

En décembre et janvier dernier, cette même sénatrice de l'Orne, associée au magistrat Charles Prats, avait crié au « scandale d'État ». En cause, la fraude aux prestations sociales liées à l’existence de faux numéros d’immatriculation de personnes nées à l’étranger, françaises ou non, qui coûterait 14 milliards d'euros par an à l'État ! Un chiffre « totalement fantaisiste », s'est étranglé Jean-Marie Vanlerenberghe, un sénateur centriste aussi pourtant. Dans un rapport publié en juin, il évalue plutôt « entre 200 et 802 millions d’euros le risque associé aux faux numéros de Sécurité sociale » – chiffre qui sera affiné au cours de l'été. Loin des 14 milliards annoncés en tout cas ! Trop tard. L'intox de Nathalie Goulet et Charles Prats a eu tout le temps d'être reprise par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen.

Bref. Tandis que François de Rugy est accusé de mener une vie de château et de ne pas avoir payé d'impôts sur le revenu en 2015, Carole Grandjean et sa collègue spécialiste de la fake news pourront s'en prendre au « pognon de dingue » que coûtent les minimas sociaux. Les personnes précaires ont encore de beaux jours devant elles...

 

Franck Dépretz

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