Ce qui devait arriver arriva... On peut désormais ôter le point d'interrogation du titre de notre précédent article : « À l'Université de Lorraine, de la démocratie du clic au dialogue des flics ? » Ce jeudi 3 mai, le président de l'université a fait appel aux forces de l'ordre (pour la deuxième fois en quasi une semaine) afin d'« assurer » la tenue des examens, tandis que les étudiants en lutte contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) scandaient « Pas de partiels avec les flics ! » Deux étudiants dénoncent la façon dont leurs camarades se sont faits « fracasser » sous leurs yeux. Au nom du dialogue des savoirs, bien entendu...

 

Une surprise attend les étudiants qui entrent à la fac de Lettres de Nancy ce jeudi 3 mai...

« Des panneaux en bois ont été posés devant deux salles (le local associatif et le local libertaire) pour nous empêcher l'accès, témoigne Boudou, étudiante en master. Une trentaine de vigiles nous attendaient. Contre douze en temps normal. On s'est alors réunis en assemblée générale, à midi, puis on a décidé d'occuper la salle des professeurs. On n'est pas resté longtemps, c’était juste un coup de force symbolique. »

 

Ensuite la cinquantaine d'étudiants en lutte décide d'arracher les panneaux en bois afin de débloquer l'accès aux deux salles littéralement barricadées. La première sert de local à trois associations dont le Genepi. Des archives de l'association et des journaux ont été jetés (par qui ? pourquoi ?) dans une beine, suite à la première intervention policière du 25 avril. L'autre salle était « occupée » depuis longtemps, bien avant le blocage de la fac.

Nouvelle réunion des étudiants. Ils décident cette fois d'appeler au boycott des partiels pour protester contre la présence de vigiles. Le but étant de refaire de la faculté de Lettres l'Université populaire du sapin de Nancy 2 qui était, jusqu'à la veille des vacances de printemps, un lieu de résistance à la loi Vidal et son monde, mais surtout un lieu de débats, d'échange des savoirs, de dialogue – mot pourtant cher à Pierre Mutzenhart, président de l'Université de Lorraine. « Il faut faire dialoguer les savoirs », disait-il au début de son mandat. Quand il ne faisait pas encore dialoguer les matraques...

Un président d'université sbire du préfet ?

« Les événements de ce jour obligent à prendre des mesures supplémentaires en demandant l’appui des forces de l’ordre, comme cela a été le cas dans d’autres universités, pour assurer la tenue régulière de la première session du second semestre », justifiera – derrière son écran, par mail – Pierre Mutzenhardt. Et effectivement, ce fut le cas à Tolbiac, à Bordeaux et un peu partout : « dans d'autres universités », la police a frappé et blessé, effectivement. On voit la longue tradition dans laquelle il tient à s'inscrire...

Celui-ci, très sensible, ne manque pas d'adresser « toutes [ses] pensées aux personnels et étudiants qui subissent les comportements anarchiques d’une minorité violente ». Un comble. Car la violence, c'est lui qui en est à l'origine en appelant une armée de Robocops. Et la minorité, c'est lui également : rappelons qu'à la dernière élection, Pierre Mutzenhardt a été élu président de l'Université de Lorraine par vingt personnes sur... 3 900 enseignants-chercheurs, 3 200 personnels et 59 409 étudiants.

Mais peut-être Pierre Mutzenhardt n'est-il pas président d'université, mais simple sbire du préfet, qui lui aussi – derrière son écran, il tweete le préfet ! – lui aussi parle d'une « minorité d’extrémistes ».

 

Boudou poursuit son récit :

« Quand on était devant le bâtiment K (un amphithéâtre), les flics sont arrivés, ils étaient quinze, vingt à ce moment-là. Ils se sont mis entre l'amphi et nous pour laisser passer les étudiants qui avaient un partiel d'anglais. On restait devant en lançant des slogans du type "Pas de partiels avec les flics !" Les flics ont attendu que tous les étudiants de Langue étrangère appliquée (LEA) soient entrés à l'intérieur de l'amphi avant de nous charger. »

 

Face aux étudiants en lutte, il y aura des policiers nationaux, la brigade anti-criminalité (la Bac), des agents de la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI, les « ex-RG »), et la section d'intervention et des fonctionnaires de la direction départementale de la sécurité publique – qui ont des casques comme les CRS, des matraques comme les CRS, la violence comme les CRS, mais pas le même nom que les CRS. Entre une trentaine et une quarantaine de représentants des forces de l'ordre en tout. Rien que ça.

Une heure s'écoule entre le moment où ils débarquent (14 h 50) et le moment où ils matraquent (15 h 50).

 

Des coups de matraques à en faire vomir

Coups de matraques sur le visage, au ventre, plaquages au sol... Boudou voit ses camarades se « faire fracasser ». Elle raconte :

« Et voilà que les flics se mettent à charger. Certaines personnes étaient clairement visées, d'autres prises au pif – embarquées on ne sait pourquoi. On a résisté, on a dit que les facs étaient aux étudiantes et aux étudiants, pas aux flics. Alors qu’il y avait encore plein de monde à l’intérieur de l'amphi, ils nous viraient un peu au hasard. Beaucoup d'entre nous sont tombés sous leurs coups. Un étudiant par terre se faisait matraquer, avant d'être embarqué. Et une autre étudiante, par terre aussi, est défoncée frappée embarquée aussi. Une autre encore était juste assise, elle se fait envoler, son téléphone défoncé, elle n'a rien compris. Une autre a dû aller vomir plusieurs fois aux toilettes après avoir reçu un coup de matraque dans le ventre. On l’a emmenée au médecin tellement elle était mal en point. »

 

Les étudiants étaient assis, pacifiquement, devant le bâtiment K, face aux forces de l'ordre, filtrant l’accès à l’amphi. Habituée des manifs, Boudou n’avait jamais vécu une telle violence.

« Au moment où on allait balancer des images, des vidéos sur Internet, les flics ont chargé et nous ont empêché de publier. On a essayé de faire une chaîne humaine pour résister, pour protéger les personnes interpellées. Mais on s’est fait dégager, ils nous ont poussé avec les boucliers jusqu’à la sortie de la fac. »

 

Ce qui marque Boudou, c'est surtout la façon dont s'y sont pris les policiers pour charger. Par surprise :

« On pensait qu’ils ne feraient rien. Il y a eu zéro sommation. On était assis, ils ont rien dit. Puis ont chargé d’un coup. »

Six étudiants seront placés en garde à vue et passeront deux nuits au commissariat Lobau de Nancy. Un septième sera arrêté à son domicile vendredi et placé aussi en garde à vue. Les sept seront relâchés ce samedi, près de 48 heures de garde à vue après leur arrestation. Avec, en prime, une promesse de procès à venir...

Moussa : « Pour la première fois, j'ai eu peur pour ma vie »

Un autre étudiant, Moussa confirme que le mouvement étudiant était pacifique :

« Avant que les étudiants en LEA n'entrent dans l'amphi, tout se passait très bien, il n'y avait aucune provocation, pas le moindre accrochage. On ne faisait que chanter des chansons... »

 

Soudain, sans raison particulière, les forces de l'ordre se mettent à charger :

« Une fois tous les étudiants en partiel entrés dans l'amphi, les policiers se sont mis à avancer vers nous de manière assez rapide et menaçante. Et des personnes étaient assises, elles n’ont pas toutes eu le temps de se lever. Les policiers sont arrivés contre elles, leur ont mis des coups de boucliers. Certaines filles se sont faits attraper par les cheveux. D'autres se sont faits trainer par terre. »

 

Pris de panique, Moussa s’écarte du groupe d’étudiants ciblés par la police. Il assiste à la suite de la scène, spectateur impuissant :

« Le but des policiers était de nous expulser en isolant la plus grande partie du groupe d’étudiants pour nous faire progresser petit à petit vers la sortie, derrière la grille. Ils y sont finalement parvenus. Avec beaucoup de violence... Ils se dirigeaient vers les étudiants de façon totalement hasardeuse. Du genre le premier qu’on voit, on le choppe. On se serait cru en période de guerre. Pour la première fois, j'ai eu peur pour ma vie. »

 « On te tabasse, tu rétorques, on te retabasse »

« Ils traitent les gens comme des déchets, ils les traînent par terre, ils les bousculent sans arrêt. Une fille s'est faite arrêter par un policier juste parce qu'elle lui a dit : "Vous n’avez pas le droit de me traiter comme ça, je suis pas violente." Une autre s'est faite violemment plaquer au sol, ventre à terre. Ils étaient à deux policiers sur elle, ils l’ont choppée par les bras, un de chaque côté, ils lui ont fait une espèce de double clé de bras. Et la pauvre elle criait, ils lui ont mis les menottes… c’était vraiment horrible ».

 

Pour lui la violence n'était que d'un côté...

« Uniquement du côté des policiers. À aucun moment les étudiants ont essayé de donner des coups. Quand les policiers arrêtaient de les bousculer, les étudiant se mettaient en colère – normal. Ils disaient des slogans à l’encontre de Mutzenhardt et les policiers les chargaient de nouveau, les matraquaient. En gros, on te tabasse gratuitement, à peine tu rétorques et on te retabasse. »

« Je pense que les policiers avaient envie de se défouler, de casser des gens, et c’est tout. À aucun moment une raison a pu légitimer ce genre d’agissement. »

 

Un président présent par mail

 

Dans un mail adressé à toute la communauté étudiante, Yann, un universitaire, donne sa version des faits. Il s'étonne que c'est la police...

« qui appelle les étudiants à entrer dans les amphis, contrôle les cartes d'étudiants (et rit des incompréhensibles acronymes des diplômes, malgré les progrès d'information sur les diplômes permis par la loi ORE...), qui autorise le passage des enseignants-chercheurs et personnels pour la tenue des examens. Nos collègues ont donc accepté de se prêter au contrôle policier et de se faufiler entre deux haies de policiers en armes pour tenir un examen... »

 

Pour Yann, il est évident que certains étudiants aient été ciblés par les policiers pour être arrêtés. « À la demande de qui ? » s'interroge-t-il.

« Les policiers visaient plus particulièrement quelques étudiants, donc désignés par l'administration pour être arrêtés sur le campus (un étudiant ayant été arrêté à un autre endroit du campus en se rendant aux toilettes). »

 

« Tout cela, conclut-il, sans que l'on sache qui prend les décisions (le président n'étant présent que dans les boites mails et probablement dans les médias) ni, surtout, pourquoi elles sont prises... »

 

Maxime Simone et Paul Aimick

Commentaires   

0 #1 Le Roy 06-05-2018 18:57
Salut à tous , je suis du Pas De Calais 62 je suis fier de vous,pour le courage que vous nous redonner, mais je pence que les syndicats aujoud'hui sont vendu à l'europe dictatoriale de Macron et sa clique , meme la CGT, qui ne pousse pas le peuple à faire une révolution populaire bientot il faudra ce battre seul mais avec tout les pesonnes sans couleur politique plus fort encore que 68 ; cordialement Pascal !!! ???....
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