Le mensonge des jours d'après, l'ignorance des leçons d'hier

Tout était tellement prévisible... Le 15 novembre, les services de la préfecture de Moselle transféraient près d'un millier de migrants qui occupait le camp Blida, le bidonville de Metz, dans toutes sortes de structures d'hébergements. En promettant, à tous, de dormir « sous un toit », « au chaud ». Et en anticipant, déjà, le « jour d'après », afin que les « personnes vulnérables » arrivées au lendemain du démantèlement soient mises à l'abri elles aussi. Aucune de ces belles paroles ne sera tenue. Deux semaines plus tard, 200 personnes sont déjà de nouveau à la rue. C'est le même scénario que l'année dernière, et que celle d'avant encore, etc., etc. Le même, oui, mais en pire...

La Moselle, laboratoire de l'industrialisation des expulsions ?

Il semblerait qu'organiser la ghettoïsation ne soit plus suffisant. Jusque-là, les pouvoirs publics décourageaient les candidats à l'asile en leur proposant des conditions de vie insupportables tout en feignant l'impuissance lorsque des situations d'urgence, pourtant courues d'avance, se répandaient sur les trottoirs. Tout laisse penser désormais qu'une nouvelle étape est en train d'être franchie par l'État et que l'expulsion massive des exilés constitue le cœur de son nouveau programme. Alors qu'Emmanuel Macron a promis des «mesures plus dures», à Metz, le terrain est déjà prêt pour les mettre en œuvre.

Si la gestion du camp Blida repose sur le « travail remarquable » des bénévoles, pourquoi continuer d'être bénévole ?

Le camp Blida n'est plus ! Le bidonville d'État situé à Metz a été démantelé, la semaine passée, comme à chaque mois de novembre depuis 2013. Il aura fallu attendre des températures insupportables avant que les autorités ne daignent enfin épargner aux gens de vivre dans des tentes au milieu de la boue. Près de mille migrants ont été déplacés dans toutes sortes de structures d'accueil, bâtiments désaffectés réquisitionnés et hébergements d'urgence aux quatre coins de la Moselle (pour 60 à 70 % d'entre eux) et du pays (pour le reste), d'après la Préfecture. Notre équipe était sur place 24 heures durant, de la veille des opérations jusqu'au départ du dernier des 25 cars réquisitionnés pour l'occasion. Assez de temps pour se rendre compte de l'opération d'enfumage d'Adoma, qui tente de dégager les bénévoles du camp puis salue dans la presse leur « travail remarquable ». Reportage aux côtés de trois bénévoles de la première heure, présentes sur le camp depuis sa réouverture il y a sept mois.

Au secours, revoilà Journaliste d’un Jour ! Jusqu’au 7 octobre, la 23ème édition de cette opération initiée par le quotidien L'Alsace permet à 1 700 lycéens de découvrir le monde de la presse. Jusque-là destinée aux établissements alsaciens, J1J commence à s’étendre, doucement mais sûrement, dans le reste de la Grande Région. Les journalistes en herbe pourront ainsi répondre aux commandes « suggérées » par les institutions « partenaires » et le Crédit Mutuel (propriétaire des treize quotidiens régionaux de l’Est). Un enrichissant apprentissage de la censure quotidienne qui nourrit chaque jour de résignation les journalistes dans les rédactions.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011, Xavier Baligant, père de famille belge de 29 ans, est abattu sur une aire de repos de l'A31 de trois balles de gros calibre, alors qu'il était aux toilettes. Ses deux enfants l'attendaient dans la voiture. Une triste histoire, c'est sûr. Mais une histoire qui vend, un feuilleton qui s'écrit au jour le jour, du suspense, de l'émotion, de l'insécurité à portée de main, tout ce que la presse régionale aime. Récit en images de la fabrique d'un fait divers vu des coulisses de la rédaction jusqu'aux cinq colonnes à la Une.

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